A la place d’écrire ces lignes, je rangeai mon bureau. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de chronique aujourd’hui. Ni
de varan. Ni de théorie scientifique. Ni de critique littéraire. Ni de je ne sais quoi. Ni d’autres choses. Ni d’étoiles dans les cieux. Ni de pont de Recouvrance.
J’ai mis la main sur une radio de mon pied. A force de ranger mon bureau. Le ménage est la paléontologie qui mène au pied. Que
ne découvrirais-je en nettoyant ma cuisine ? Des vestiges d’autrefois. Les premiers temps du monde. Une miette préhistorique. On en tirerait la façon qu’eut de vivre Neandertal. Ce qu’il prenait
au petit déjeuner (une crêpe avec de la confiture de framboise) et comment il mourut.
Mon pied me dévisage. Mon pied vieux de huit ans. J’avais un tarse et des métatarses. Comme aujourd’hui. C’était une drôle d’époque. Les radios sont
formelles. Avec le recul, je me demande si je n’avais pas un peu l’air fatigué. Je devais couver une angine. Ou bien le gros orteil me démangeait. Les paléontologues du futur en débattront. Elles
sont au fond du tiroir de gauche. Dans une enveloppe verte.
Par Hervé Eléouet
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La relativité restreinte est, comme son nom l’indique, restreinte à la cuisine. Dans toutes les autres pièces, c’est la
relativité générale qui s’applique.
L’idée de restreindre la relativité dans la cuisine émane au début du vingtième siècle d’un physicien très important ; lequel,
observant sa cuisine, estima comme toutes les choses y seraient facilement moins relatives. Quant aux motifs pour lesquels il cherchait désespérément une pièce où restreindre la relativité, ils
restent bien mystérieux. La plupart des physiciens se contentaient de la relativité générale sans se poser de questions. Il ne leur serait pas venu à l’esprit de restreindre quoi que ce soit,
dans la cuisine ou ailleurs.
Encore moins dans la cuisine qu’ailleurs, serai-je tenté d’écrire. Je suis tenté d’écrire bien d’autres choses, et
particulièrement ma façon de penser à l’inventeur de la relativité restreinte à la cuisine, mais une politesse excessive retient mon crayon qui pose un point final et grand seigneur à cet
exposé.
Par Hervé Eléouet
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Abordons le difficile sujet de la relativité restreinte. Lundi prochain. Pour l’heure, abordons le difficile sujet des petits
chevaux. Ils sont six. Deux pour chacun des participants. On lance un dé qui roule sur la nappe du salon. Rouge à pois blancs. Avec beaucoup d’espoir et la conviction d’obtenir un six. Ou
n’importe quel autre chiffre. Compris entre un et six. Approprié. Propre à ce qu’on mange le petit cheval d’un concurrent. A ce qu’on gravisse un échelon dans le sprint final. A ce qu’on sorte de
l’écurie. Quand on tombe sur un sept, le dé est pipé.
La prohibition du dé à sept faces remonte à la nuit des temps. Autant dire que les choses ne sont pas prêtes de changer. Les
esprits les plus audacieux n’envisagent aucun progrès de ce côté-là. « Quid de la septième face du dé ? » interroge parfois l’hurluberlu. Mais sa question se perd dans le silence. Nul n’écoute.
Il semble naturel aux êtres humains que le règne du dé à six faces dusse être perpétué ad machinchose. Evidemment, je me doute bien que « dusse » n’est pas la conjugaison adéquate. Mais, pour ne
rien vous cacher, le stylo m’emporte et je continue nonchalamment le tracé que griffonne à la feuille une pointe incertaine. Trop tard pour « dusse ». Le paragraphe s’achève. Inutile de
réclamer que j’y revienne.
S’il faut vous cacher un truc, ce serait le peu de chance que j’ai de tirer du dé à six faces et des petits chevaux la
conclusion philosophique où le lecteur étonné songera qu’on est bien peu de chose et comme tout est une question de petit cheval. Un tempérament probe et rigoureux ne me permet guère de
dissimuler ce peu de chance. Concluons plutôt qu’il pleut. Les petits chevaux sont sur la table du salon. Les varans de Komodo batifolent aux sous-bois de Komodo. Les lecteurs avertis auront
remplacé machinchose par vitam aeternam.
Par Hervé Eléouet
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Le soleil brille. A cause de l’été. Il brille par les carreaux de la bibliothèque et par son mauvais caractère. Tout là-haut
ce ne sont qu’éruptions, magma, lave en fusion, que sais-je ? Une vieille dame grincheuse attise de son soufflet les flammes de l’enfer. Je m’endors à la bibliothèque. Telle est ma punition.
Pour avoir commis toutes sortes de crimes effroyables. J’ai mangé le chat de mes voisins. Négligé de payer les factures. Assassiné mon arrière grand-oncle
afin de toucher l’héritage. Bref, si quelqu’un mérite l’enfer, c’est moi. Que l’on dérobe un œuf ou une autruche à son prochain, il ne faut pas s’étonner plus tard de s’assoupir à la
bibliothèque. Les méfaits se payent toujours. On s’endort sous le soleil d’été, qu’attise une vieille dame grincheuse. D’un rayonnage L’histoire générale des techniques nous contemple.
En cinq tomes. Avec Le grand livre international des arbres et Le monde animal en 13 volumes. L’homme, qui s’endort à la bibliothèque, est dans le volume XI. Il précède les
galéopithèques et les chauves-souris. Le chimpanzé le devance. Les pangolins et les édentés sont après lui.
Cette présence de l’homme dans le volume XI prête à rêver. Les hippopotames et les caprimulgiformes ne sont pas très éloignés. Quant aux mollusque
échinodermes, huit volumes nous séparent. C’est beaucoup et peu à la fois. Nous ferions bien d’y songer quand on croise un escargot dans la rue. Ou au cinéma. Au supermarché. En revenant de la
plage. Enfin dans toutes les situations où l’on croise des escargots. Les situations où l’on n’en croise pas nous laissent libres de penser à autre chose. A la lune. Aux étoiles. Aux varans de
Komodo.
Par Hervé Eléouet
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Probablement sommes-nous la veille de 2009. Cela expliquerait les calendriers, les agendas, les plus grands exploits sportifs
de l'année 2008 à la une des journaux, en dessous de la guerre et des malheurs du monde, enfin que la municipalité de Brest nous présente ses meilleurs voeux dans les panneaux d'affichage Decaux.
Nous le saurons bientôt. Nous le saurons au paragraphe suivant. J'ai la ferme intention d'écrire le paragraphe suivant d'ici quelques jours. C'est bien le diable si je ne me suis pas renseigné
sur l'année en cours.
C'est 2009. Depuis jeudi. Sans contestation possible. Ou alors elle nécessite afin de l'appuyer qu'on fourbisse de sérieux arguments. Or, cet effort de
réflexion me fatigue d'avance : je n'ai pas le courage de nier 2009. On voit que la paresse y continue comme en 2008 à gouverner la présente rubrique. C'est rassurant. Mon style n'a pas changé
depuis le premier paragraphe. A quoi bon, dès lors, se formaliser ? Fermons les yeux. Les varans sont toujours là.
Mille questions se profilent à l'horizon. Si 2009 est composée de semaines en nombre conséquent, elle ne suffiront pas pour y répondre. Je suis résolu
d'explorer les mystères de l'âme humaine, du pithécanthrope et du tyrannosaure brestois. Rien n'est évident comme un tyrannosaure à Brest. Il s'agit d'une bête préhistorique qui dévore les
Brestois pour son goûter. On ne peut pas le manquer. On peut juste essayer de s'enfuir à toute vitesse. Mais le plus souvent le tyrannosaure vous rattrape. La dernière fois c'était en plein
milieu du crétacé, la ville n'existait pas encore. L'absence du tyrannosaure à Brest depuis cette période est un sujet inépuisable. On peut se demander si jamais l'homme en fera le tour. Aussi
est-ce humblement que je compte aborder le tyrannosaure brestois. On verra bien ce qu'il en sortira.
Par Hervé Eléouet
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Les trucs sont de grandes choses. On les admire. On ne peut pas s’empêcher d’y voir le soleil au dessus de la montagne et la
mer qui clapote au levant. Ou d’y respirer le parfum des fleurs. Ce sont d’indéfinissables bidules. Il faut pour bien les évoquer cultiver des images et semer des métaphores.
A quoi bon ? La culture des métaphores dans l’évocation des trucs est un sujet décourageant. On y perd ses plus belles années.
A la fin, on s’assied sur une chaise avec du vague à l’âme. Ces choses là sont des machins, soupçonne-t-on vaguement, et je voudrais plutôt boire l’apéritif par un après-midi d’été.
Quand il s'agit de trucs, les varans de Komodo sont dubitatifs. Ils s’allongent au
soleil sur une plage du Pacifique. Ils regardent l’horizon. En pensant chose. Machin. Bidule.
Par Hervé Eléouet
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Le tour de la France à bicyclette attaque les Pyrénées. Les Pyrénées se défendent par des cols de légende. On y croise des
milliers de spectateurs. J’ai souvent franchi le Tourmalet. Seul en tête. Enfant. Dans la côte qui mène à Coatanscour. Plusieurs fois par jour. L’été. En buvant du chocolat et en mangeant des
tartines.
Le vélo vient de la bicyclette, voire de la draisienne et du célérifère. On peut affirmer que Cro-Magnon ignorait la bicyclette, mais que la bicyclette était
en germe aux époques lointaines où Cro-Magnon chassait le mammouth et récurait les dents de sabre des tigres qu’il avait attrapé. Pour s’en faire des colliers. Il y gravait des dessins et des
signes mystérieux. Les archéologues ont ainsi retrouvé des encouragements à Bernard Hinault inscrits sur des dents de tigres préhistoriques. On ne peut pas douter que le vélo fut dans toutes les
têtes. Le Tourmalet s’était déjà donné la peine de surgir au terme d’un plissement hercynien de longue haleine.
« Pédale, mon gars » disait Confucius. Il disait cela cinq cents ans avant Jésus-Christ. A ses disciples. Avant même que le premier vélo n’existât. Ce qui
prouve bien l’esprit d’avant-garde et d’à propos du grand philosophe. On peut dire sans hésitation que Confucius aurait écrit volontiers dans L’Equipe. « Le grand bonheur de pédaler
consiste à pédaler », ajoutait-il plein de bonne humeur. On voit le bout de la route quand on rentre chez soi. La côte de Coatanscour est loin derrière. On l’a franchi seul en tête. A Komodo, les
varans applaudissent.
Par Hervé Eléouet
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A force de poésie on dompte des mustangs. Le mustang de l'amour, le mustang du temps qui passe et le mustang du réveil-matin.
On cueille un pic-vert sur le bord du talus. On batifole à travers des champs qui sont les champs de l'imagination. Les varans de Komodo se ramassent à la pelle. J'en étais à ce point de mes
réflexions lorsque j'aperçus Laurent Jalabert. Au Super U. De Keredern. Achetant des bananes (code balance 12) et du chocolat. Il signait un vélo.
Ne cachons pas qu'il se trame des événements. A Brest. L'univers entier semble s'y être donné rendez-vous, Laurent Jalabert en
tête. Il n'est plus question que de signer des vélos. Quant aux rond-points, des grands mâts et des mâts de misaine y sont fichés. En hommage au cyclisme. Des bus publicitaires, signe de
publicité, sillonnent la rue de Siam. Aux couleurs du Télégramme. Bref, des haubans et des dérailleurs glissent nonchalamment le long de la spirale cosmique. (L'univers est un tire-bouchon. Je le
tiens de Jean-Luc Autret.) A force de signer des vélos, les bateaux à voile finiront par accoster. Telle est la morale des choses.
L'été commence ainsi, qui précède l'automne. Les pic-verts des bords de talus prendront des teintes orangées, avant de perdre
leurs plumes : elles joncheront le sol en un tapis moelleux de duvet tendre. On se prend à rêver de l'automne au début de l'été. Les feuilles mortes se rappellent à la masse. Par un jour de grand
vent. En prenant le bus. Afin de taper ceci. Chez Patrick Thuillier. Qui n'a pas de virus sur son ordinateur.
Par Hervé Eléouet
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