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Lundi 5 janvier 2009

Probablement sommes-nous la veille de 2009. Cela expliquerait les calendriers, les agendas, les plus grands exploits sportifs de l'année 2008 à la une des journaux, en dessous de la guerre et des malheurs du monde, enfin que la municipalité de Brest nous présente ses meilleurs voeux dans les panneaux d'affichage Decaux. Nous le saurons bientôt. Nous le saurons au paragraphe suivant. J'ai la ferme intention d'écrire le paragraphe suivant d'ici quelques jours. C'est bien le diable si je ne me suis pas renseigné sur l'année en cours.
C'est 2009. Depuis jeudi. Sans contestation possible. Ou alors elle nécessite afin de l'appuyer qu'on fourbisse de sérieux arguments. Or, cet effort de réflexion me fatigue d'avance : je n'ai pas le courage de nier 2009. On voit que la paresse y continue comme en 2008 à gouverner la présente rubrique. C'est rassurant. Mon style n'a pas changé depuis le premier paragraphe. A quoi bon, dès lors, se formaliser ? Fermons les yeux. Les varans sont toujours là.
Mille questions se profilent à l'horizon. Si 2009 est composée de semaines en nombre  conséquent, elle ne suffiront pas pour y répondre. Je suis résolu d'explorer les mystères de l'âme humaine, du pithécanthrope et du tyrannosaure brestois. Rien n'est évident comme un tyrannosaure à Brest. Il s'agit d'une bête préhistorique qui dévore les Brestois pour son goûter. On ne peut pas le manquer. On peut juste essayer de s'enfuir à toute vitesse. Mais le plus souvent le tyrannosaure vous rattrape. La dernière fois c'était en plein milieu du crétacé, la ville n'existait pas encore. L'absence du tyrannosaure à Brest depuis cette période est un sujet inépuisable. On peut se demander si jamais l'homme en fera le tour. Aussi est-ce humblement que je compte aborder le tyrannosaure brestois. On verra bien ce qu'il en sortira.

Par Hervé Eléouet
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Lundi 28 juillet 2008
Nous parlerons de pithécanthrope lundi prochain. On ne peut pas l’aborder aujourd’hui. C’est un sujet pour la semaine suivante. Les raisons qui rendent l’exposé du pithécanthrope et de ses habitudes alimentaires ou de son mode de vie – voire de la théologie et des axiomes mathématiques qu’il professa dans le néolithique, inappropriés le lundi 28 juillet 2008 sont nombreuses. Les énoncer maintenant serait trop fatigant. Puis cela prendrait de la place. On peut se figurer qu’elles occuperaient les trois paragraphes et le varan du présent spaghetti. Or, d’importantes considérations réclament toute notre attention ; inutile de protester : le pithécanthrope sera pour lundi prochain et je n’ai pas le temps d’expliquer pourquoi.
L’heure est au stylo. C’est la saison d’écrire une poésie. Elégiaque. Encore que je ne sache pas exactement le sens de ce mot. Ouvrons le Petit Robert. C’est un aspect du dictionnaire qu’on ne le trouve pas quand on en a besoin. J’ai remarqué la même impossibilité de mettre la main sur un marteau, un clou et la boîte d’allumettes à l’instant de préparer le barbecue. Non que j’utilise un marteau ou un clou pour préparer le barbecue. Je ne suis pas à ce point dépourvu de barbecue qu’il me faille en bâtir un devant que d’y cuire des merguez. Mais le Petit Robert se dissimule probablement sous une pile de trucs, quelque part, ici ou là, et je ne peux m’empêcher de songer que l’élégie est une bien belle chose dont je ne connais pas plus que ça l’histoire, l’étymologie, la définition et les conséquences secondaires de son usage intensif un jour d’été.
Qu’à cela ne tienne ! Deux vers me viennent à l’esprit, qui sont certainement appropriés au style élégiaque, parce que j’ai du mal à imaginer qu’ils ne puissent être appropriés à quelque forme poétique jamais conçue dans la littérature :
Au jour du jugement dernier
J’ai trois œufs durs dans mon panier
C’est un début. La suite promet d’inépuisables délices. J’avoue que l’état d’exaltation qui est le mien, et l’évidence où je me prélasse d’écrire un chef-d’œuvre ne laissent pas de nourrir une angoisse bien compréhensible qui est caractéristique des grands auteurs occupés aux plus vastes sujets. Je continuerai cela après une petite sieste.
Par Hervé Eléouet
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Mercredi 23 juillet 2008
Les trucs sont de grandes choses. On les admire. On ne peut pas s’empêcher d’y voir le soleil au dessus de la montagne et la mer qui clapote au levant. Ou d’y respirer le parfum des fleurs. Ce sont d’indéfinissables bidules. Il faut pour bien les évoquer cultiver des images et semer des métaphores.
A quoi bon ? La culture des métaphores dans l’évocation des trucs est un sujet décourageant. On y perd ses plus belles années. A la fin, on s’assied sur une chaise avec du vague à l’âme. Ces choses là sont des machins, soupçonne-t-on vaguement, et je voudrais plutôt boire l’apéritif par un après-midi d’été.
Quand il s'agit de trucs, les varans de Komodo sont dubitatifs. Ils s’allongent au soleil sur une plage du Pacifique. Ils regardent l’horizon. En pensant chose. Machin. Bidule.
Par Hervé Eléouet
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Mercredi 16 juillet 2008
Le tour de la France à bicyclette attaque les Pyrénées. Les Pyrénées se défendent par des cols de légende. On y croise des milliers de spectateurs. J’ai souvent franchi le Tourmalet. Seul en tête. Enfant. Dans la côte qui mène à Coatanscour. Plusieurs fois par jour. L’été. En buvant du chocolat et en mangeant des tartines.
Le vélo vient de la bicyclette, voire de la draisienne et du célérifère. On peut affirmer que Cro-Magnon ignorait la bicyclette, mais que la bicyclette était en germe aux époques lointaines où Cro-Magnon chassait le mammouth et récurait les dents de sabre des tigres qu’il avait attrapé. Pour s’en faire des colliers. Il y gravait des dessins et des signes mystérieux. Les archéologues ont ainsi retrouvé des encouragements à Bernard Hinault inscrits sur des dents de tigres préhistoriques. On ne peut pas douter que le vélo fut dans toutes les têtes. Le Tourmalet s’était déjà donné la peine de surgir au terme d’un plissement hercynien de longue haleine.
« Pédale, mon gars » disait Confucius. Il disait cela cinq cents ans avant Jésus-Christ. A ses disciples. Avant même que le premier vélo n’existât. Ce qui prouve bien l’esprit d’avant-garde et d’à propos du grand philosophe. On peut dire sans hésitation que Confucius aurait écrit volontiers dans L’Equipe. « Le grand bonheur de pédaler consiste à pédaler », ajoutait-il plein de bonne humeur. On voit le bout de la route quand on rentre chez soi. La côte de Coatanscour est loin derrière. On l’a franchi seul en tête. A Komodo, les varans applaudissent.
Par Hervé Eléouet
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Lundi 7 juillet 2008
A force de poésie on dompte des mustangs. Le mustang de l'amour, le mustang du temps qui passe et le mustang du réveil-matin. On cueille un pic-vert sur le bord du talus. On batifole à travers des champs qui sont les champs de l'imagination. Les varans de Komodo se ramassent à la pelle. J'en étais à ce point de mes réflexions lorsque j'aperçus Laurent Jalabert. Au Super U. De Keredern. Achetant des bananes (code balance 12) et du chocolat. Il signait un vélo.
Ne cachons pas qu'il se trame des événements. A Brest. L'univers entier semble s'y être donné rendez-vous, Laurent Jalabert en tête. Il n'est plus question que de signer des vélos. Quant aux rond-points, des grands mâts et des mâts de misaine y sont fichés. En hommage au cyclisme. Des bus publicitaires, signe de publicité, sillonnent la rue de Siam. Aux couleurs du Télégramme. Bref, des haubans et des dérailleurs glissent nonchalamment le long de la spirale cosmique. (L'univers est un tire-bouchon. Je le tiens de Jean-Luc Autret.) A force de signer des vélos, les bateaux à voile finiront par accoster. Telle est la morale des choses.
L'été commence ainsi, qui précède l'automne. Les pic-verts des bords de talus prendront des teintes orangées, avant de perdre leurs plumes : elles joncheront le sol en un tapis moelleux de duvet tendre. On se prend à rêver de l'automne au début de l'été. Les feuilles mortes se rappellent à la masse. Par un jour de grand vent. En prenant le bus. Afin de taper ceci. Chez Patrick Thuillier. Qui n'a pas de virus sur son ordinateur.
Par Hervé Eléouet
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Lundi 2 juin 2008

La rumeur dit vrai : je pars en voyage. Au bout du monde. Sur un paquebot. Battant pavillon guatémaltèque. Le capitaine parle couramment l’hindou. Il a le cœur brisé. Nous naviguons parmi les icebergs ou dans les tropiques. Trois passagers se promènent sur le pont. Une jeune femme silencieuse, un espion international, et un docteur barbu qui boit du whiskey à longueur de journée. Il voit des scinques (Tiliqua scincoides intermedia) et des varans de Komodo courir sur les planchers. Les membres de l’équipage composent l’équipage. On se lie d’amitié. On a le visage fouetté par les embruns. On regarde le soleil qui se lève et le soleil qui se couche. Le soir, le docteur nous raconte sa vie. Puis chacun évoque les raisons de sa présence sur ce bateau. Il y aurait là matière à un roman. Il est tout de même étrange que le hasard ait ici réuni tant de destins singuliers.
L’autre hypothèse est que je rende visite à ma sœur, près de Lille. En train. Elle me tirait les cheveux quand j’étais petit. Maintenant, elle a trois enfants. Je ne vois pas de lien de cause à effet. La psychanalyse est une supercherie.
En attendant de s’en aller nous sommes dimanche, et par la fenêtre on entend des chants d’oiseaux, on aperçoit le lampadaire du parking et le toit d’une automobile. Le ciel est gris mélangé avec du bleu, un tout petit peu de bleu ; l’ensemble donne un nuage uniforme, troublé ici ou là de coton pâle.
 

Par Hervé Eléouet
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Mercredi 14 mai 2008

Rien n’est judicieux comme d’écouter un calligraphe. On apprend mille secrets. Ecouter les calligraphes et regarder les pianistes sont les choses du monde les plus instructives. On peut aussi attendre un horloger. Mais il faut que la situation s’y prête. Un calligraphe en conférence est d’un abord plus aisé : il suffit de se rendre à la conférence du calligraphe. On s’installe dans le fond de la salle. Debout. Toute l’histoire de l’écriture défile sur un diaporama. A partir des hiéroglyphes. Parce que je suis arrivé en retard. Je ne saurai jamais rien de l’écriture pré-hiéroglyphique. J’ignore si Cro-Magnon griffonnait sur les murs des cavernes des petits mots pour ses contemporains. Le règlement du syndic de la grotte par exemple. Cela tient à une diapositive. On voit toute l’importance du commencement du diaporama dans l’histoire de l’humanité.
Tout n’est qu’esperluette et titulus, demi r et panse du o. C’est le vocabulaire du vocabulaire qu’on dessine. Qu’on imprime. Les fautes d’orthographes des calligraphes doivent être des pâtés. L’histoire de la calligraphie est parsemée de fameux calligraphes. Ils portent un nom célèbre. On les admire. Ils ont vécu d’esperluettes parmi des o pansus.
Laforgue nous l’explique :

« Et machinalement sur la vitre ternie
Je fais du bout du doigt de la calligraphie »

Le bout du doigt de l’homme n’a pas d’autre fonction. Il trace des hiéroglyphes les dimanches et les jours fériés aux vitres des fenêtres. C’est l’aboutissement des esperluettes antiques. Il a fallu des armistices et des pentecôtes, des dimanches pluvieux et des varans de Komodo pour tracer aux vitres des jours fériés les hiéroglyphes du bout du doigt. Rien n’est étrange comme l’absence de fenêtres embuées dans une exposition consacrée à la calligraphie.

Par Hervé Eléouet
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Mardi 6 mai 2008

On ne compte plus les planètes. Elles remplissent le ciel. Elles tournent autour des étoiles. Elles composent l’univers. Avec les trous noirs. Les particules. Les astéroïdes. Les varans de Komodo. On ne peut se figurer l’immensité de l’univers. Il ressemble à ce qui s’échappe d’une grille de loto. Les êtres humains ont inventé le loto pour évoquer les étoiles, les trous noirs, les varans de Komodo et les extraterrestres. Qui sont une chance sur des millions. Une aiguille dans une botte de foin. L’existence des extraterrestres est une case que l’on coche toutes les semaines en achetant des cigarettes.
Mais les voisins du dessus existent. Je les ai croisé. Dans l’escalier. Et ceux du deuxième étage. Ainsi que mes voisins du rez-de-chaussée. Tant de voisins remplissent un immeuble. On en trouve qui sont de grands damiers. Ils composent la ville. Avec les trous noirs, les particules et les bureaux de tabac.
Mon grand espoir est que des extraterrestres mangent le chien de mes voisins du dessus. On ne peut pas en déduire que je ferais bien de jouer au loto. Ni de me mettre à fumer. On en déduit plutôt que le monde est composé de voisins du dessus, de bottes de foin, de damiers. De varans.

Par Hervé Eléouet
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Lundi 21 avril 2008

Tout est une question de câble d’accélérateur. La vie. La mort. Les escargots. Que sais-je ? Les diplodocus. Qu’un câble d’accélérateur se rompe ou se détache et rien n’est vain comme d’appuyer sur la pédale de l’accélérateur. Le philosophe éprouve la défaillance du câble en relativisant le câble. Mais il serre les dents. Il est en retard. Tout le monde est en retard à cause d’un câble d’accélérateur. On manque une réunion. Un coup d’envoi. Le début des choses. Le premier acte. On a failli perdre le nord. Manquer la lune. La femme qu’on aime. Le roi des Goths. Seulement si l’on a obtenu une audience extraordinaire auprès du roi des Goths. Ou même une audience ordinaire.
Le câble d’accélérateur est le lien qui nous attache au roi des Goths. C’est la morale des choses. Je ne serais pas surpris qu’un câble de mauvaise humeur fût la cause de tensions diplomatiques. De précipitations venant par l’ouest. De grand soleil sur le reste du pays. Bref, on ne peut pas se retenir de penser que le monde est un câble d’accélérateur ou quelque chose du genre. Aussitôt qu’on établit ce parallèle, une foule de considérations vous envahissent l’esprit. Je ne serais pas autrement surpris que cette chronique révolutionne le microcosme intellectuel.
A force de rompre des câbles, on arrive, par je ne sais quel chemin fait de rêverie au bord de la route en attendant le dépanneur, jusqu’à toucher les rives de Komodo, où les varans s’ébattent. Qu’ils s’ébattent ! Et nous réparerons nos câbles d’accélérateurs.

Par Hervé Eléouet
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Mardi 15 avril 2008

En chaque être humain sommeille un grenier. C’est le domaine des toiles d’araignées. Des petits bruits dans un bric-à-brac. De vieilles revues. Par piles. Ficelées. D’un fauteuil trop mou qui perd sa bourre. Dans quoi l’on s’enfonce. De quoi l’on se relève péniblement après des heures passées à contempler les grains de poussière du rayon de lumière que déverse la lucarne. Un hibou nous dévisage. Tout n’est que malles, lampes anciennes, abats-jours inclinés, ressorts, étagères ployées, livres, caisses de ferraille, jouets déglingués. On respire l’odeur un peu sèche du grenier quand il fait beau dehors. En dessous. Loin. Le monde brouhahatise. Les varans de Komodo dansent parmi les vieux cahiers.
On s’assied sur un banc public. Pour fumer. Pour s’asseoir. Ou bien dans l’herbe. Ou de biais sur le rebord de la fenêtre, en pliant un genou et en laissant pendre l’autre jambe. C’est l’intérêt des rebords de fenêtres. Ils ouvrent les greniers. A force de s’asseoir et de s’allonger on entend des hiboux dans une soupente. C’est la morale des choses.
Il est très important de s’allonger dans un cimetière. Un jour ou l’autre. On y surprend la vie : la vie est une vieille dame1. Elle est en majeure partie constituée de choses et d’autres. Elle se prolonge en hiver dans les bois. En été sur un chantier. Dans un bar. Le soir d’une élection présidentielle. Ou dans une école maternelle. Tout s’énumère. Tout est une histoire de poésie. Les sabliers ont de beaux jours devant eux.

1 Le combat ordinaire, t4, Planter des clous par Manu Larcenet, aux éditions Dargaud.

Par Hervé Eléouet
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Livres


Igor et Betty
Nouvelles, ed An Tu All Ar Mor

Cui cui, poèmes sans oiseaux
ed An Amzer

A côté de la plaque
ed An Tu All Ar Mor

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