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Lundi 6 août 2007
C’est la saison de passer le pont de Recouvrance. Prudemment. Avec beaucoup d’habitude. On croise un bus et des piétons. Des voitures. Les piétons portent un appareil photo. Ils photographient les remparts, les bateaux militaires, la tour Tanguy, tout l’horizon et la mer au loin. Pour fixer les choses. Pour les avoir vues. Ils ne peuvent pas consacrer chaque jour de leurs vacances à passer et repasser le pont machinalement, tête baissée. Sans rien voir. En voyant tout du coin de l’œil. Les vacances n’y suffiraient pas. Alors, une bonne fois, ils photographient.
Les varans de Komodo se hasardent rarement sur le pont de Recouvrance. Ils ont le vertige. Quand ils s’y hasardent, ils sont partis du bas de la rue de Siam et joignent Recouvrance, ou bien partis de Recouvrance filent vers le bas de la rue de Siam. Rien que de très banal.
A force de passer des ponts on enjambe des rivières. Des fleuves. Des océans. On fait trois fois le tour de la terre sur pilotis. On gagne la lune en surplombant des bretelles d’autoroutes. On fait des sauts de puces par dessus le monde. Le monde coule et roule en dessous de soi : les péniches, les trains, les poissons, les promeneurs, les arbres et les camions citernes.
Par Hervé Eléouet
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Lundi 30 juillet 2007
Le coiffeur taille sa haie. L’astrophysicien est à la plage. Il observe les étoiles de mer. Le maçon construit des châteaux de sable. L’ornithologue mange du poulet. Les divas chantent sous la douche. Les dresseurs de chien aboient sur leurs enfants. Les vendeurs de parapluies s’abritent sous les porches des musées.
S’il pleuvait moins, nous aurions davantage de beau temps. C’est la morale des choses. (Qu’il plût davantage et nous aurions du soleil entre les gouttes : rien n’est adapté au climat comme la météo ; c’est la science la plus voisine de la philosophie ; impossible, quand on s’intéresse au temps qu’il fait, au temps qu’il a fait et au temps qu’il fera, de ne pas finir ses jours assis sur un banc ; on a le front ridé, le teint buriné, les yeux remplis de lassitude et de bienveillance ; on regarde le ciel ; on observe les nuages ; on prédit le mois d’août en précisant que tout est possible et qu’on ne sait jamais ; on se souvient d’étés maussades et d’étés caniculaires ; d’étés lointains comme la Grèce Antique et Rome, quand on avait dix ans ; on a tout connu, le soleil et la pluie ; on a mal aux articulations ; bref, on est sage).
Tout le monde est en vacances et les varans de Komodo ne sont plus à Komodo. Ils ont pris l’avion. Ou le train. Vers Paris. Ou Londres. On les trouve au Mexique. A Tahiti. Au Groenland. Au Laos. En Guinée. Un peu partout. Dans des vivariums climatisés. Ils prennent le soleil sur une chaise longue. En sirotant des cocktails.   
Par Hervé Eléouet
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Lundi 23 juillet 2007
A qui profite le crime ? Comment l’assassin est-il entré ? A quand remonte l’heure du décès ? Quelqu’un a-t-il bougé le corps ? A-t-on prévenu le labo ? Qui est-ce ? A-t-on prévenu son épouse ? Est-il marié ? Où la victime cachait-elle ses objets de valeur ? A-t-on vérifié si quelque chose a disparu ? Y-a-t-il des témoins ? Que dit le concierge ? Personne n’a entendu le coup de feu ? Se connaissait-il des ennemis ? Se sentait-il menacé ? Où est ma loupe ? A-t-on des indices ? Qu’en déduisons-nous ? Quel était l’emploi du temps de la victime le jour précédant le meurtre ? Avez-vous remarqué quelque chose d’inhabituel ? Que faisiez-vous la nuit du 5 au 6 août ?
Tant de questions remplissent un paragraphe. L’air bruisse de rumeurs. Les varans de Komodo mènent l’enquête. Ils ont un imperméable et un chapeau mou. Ils interrogent les passants. La ville est mystérieuse. Les bars sont louches. Les petits matins brumeux. On murmure dans l’arrière-salle du tripot. Un vieux monsieur promène chaque jour son chien. Le principal suspect est la femme du banquier. Deux amants se croisent et semblent ne pas se connaître. On retrouve l’arme du crime. La police est sur les dents. L’inspecteur principal et son adjoint ne savent plus où donner de la tête. Le suicide de la femme du banquier fait la une des journaux. L’affaire se complique. Des agents sont en faction devant l’immeuble. Un appel téléphonique anonyme prévient qu’on n’en restera pas là.
C’était une nuit d’orage. Le concierge lisait son journal. Une main souleva le rideau de la fenêtre au premier étage et quelqu’un jeta un œil dans la cour. Sur la table basse traînaient deux verres, dont un que l’on n’avait pas touché – l’autre vide – et une bouteille de whisky. Le rideau retomba. Le tonnerre grondait. La pluie s’abattit brutalement. La détonation gifla.
Par Hervé Eléouet
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Lundi 16 juillet 2007
Les philatélistes classent les timbres. Les numismates entassent les pièces de monnaie. Des sesterces et des napoléons. Quand les numismates collectionneront les timbres, les philatélistes n’auront plus qu’à compter les napoléons. Si les tyrosémiophiles se lancent à la chasse aux grands fauves, il faudra bien que les chasseurs de grands fauves répertorient les étiquettes de boites de camembert. Elles orneront les dessus de cheminées. On organisera dans les fromageries artisanales des safaris en jeep. Ces messieurs fumeront le cigare en évoquant La vache qui rit.
On observe les curiosités des cabinets de curiosités d’un œil curieux. Au château de Kerjean. Tout est bizarre. Le varan vient de Rio de Janeiro. Le cocofesse du musée de Morlaix. On l’a suspendu au plafond. A côté d’un crocodile retourné. (Qui n’est pas un crocodile. Les crocodiles n’existent que dans les livres pour enfants, où ils engloutissent les grand-mères et les lapins avant qu’un chasseur ingénieux les entraîne hors du fleuve, les ligote et leur ouvre le ventre. Tout le monde est sauvé. Mais les crocodiles sont des alligators. Ou des caïmans. Des gavials. Quelqu’un nous l’explique.) Un soulier gigantesque – s’agit-il du pied gauche ou du pied droit ? je n’ai pas pensé vérifier – trône derrière une vitre, sous les yeux de statuettes posées sur un gradin. On regarde un monstre marin en habit d’évêque. Comme les évêques ne se baignent pas en habit, on ne risque pas d’en harponner un par erreur.
Toutes ces curiosités sont classées. Avec des mots latins. Sur des étagères. Savamment. Comme les timbres dans les albums. Comme les étiquettes de boites de camembert sur les dessus de cheminées, et on discute de La vache qui rit. Moyennant quoi tout est sérieux. C’est la différence entre un cabinet de curiosités et le bureau de Gaston Lagaffe. On n’y cuit pas d’omelette sur un réchaud à gaz.
Par Hervé Eléouet
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Lundi 9 juillet 2007
Tout est pour le mieux sur terre. Les surgelés dorment au rayon surgelés. On trouve des fruits et des légumes au rayon des fruits et légumes, où les radis sont en bottes et les tomates en grappes. Les oignons dans un filet. Les melons dans un cageot. Tout comme les pommes. Les poires. Les pêches. Les champignons. Le potager de ma grand-mère. Les vergers du paradis. Un kilo d’endives coûte 3€50. On bifurque au rayon des pâtes et du riz pour acheter des pâtes et du riz. La nature est bien faite. Le cassoulet en boite. Les œufs par six ou par douze. Les sachets de thé blottis au sein de leurs papiers quadrangulaires, serrés l’un contre l’autre, empaquetés dans un petit carton entouré par un film en plastique transparent. Au rayon thé. Les jouets dégringolent du rayon jouet et les cure-dents sont à leur place (on ne sait pas trop où). Les humains poussent les caddies. Ils n’oublient pas les croquettes pour le chat. Ils ont failli oublier le fromage blanc. Ils ont oublié les sardines.
Le principe des listes de course est de ne pas acheter un ou deux éléments qu’on avait soigneusement noté. C’est la vertu des aide-mémoire. Ils prouvent qu’on en manque. Inscrire ses rendez-vous dans un agenda implique d’en rater quelques-uns. C’est un risque à courir. On inscrit quand même. On se promet de consulter son emploi du temps. On note tout consciencieusement. On le consulte. On oublie le danger. On a manqué le dentiste.
La vie est dure. Il faut perdre son agenda pour n’avoir plus d’agenda. Même alors, la vie est dure. Et si l’on n’est plus celui ou celle qui programmait ses oublis, cela signifie-t-il vraiment qu’à coup sûr on se souviendra du dentiste ? Les oiseaux chantent. Les arbres bruissent. Le soir tombe. Les girafes inclinent leur long cou pour observer les escargots. Il pleut sur Brest. Les bégonias sont en fleurs. On oublie toujours quelque chose.
Par Hervé Eléouet
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Lundi 2 juillet 2007

C'est le 30. Il pleut. On se retourne et derrière soi tout un mois de juin s’est écoulé. Avec des jours de pluie, avec des jours sans pluie. Avec des jours qui sont la fin du printemps et des jours qui sont le début de l’été. Des jours très alignés les uns derrière les autres, par tranches de 24 h. On a mordu dans les heures de l’apéritif et du cinéma. On s’est endormi dans les heures qui contournent l’insomnie. On a rempli les heures. Elles se sont remplies toutes seules. Bref, le temps passe. Il en reste un goût de fin du mois. 
Juillet commence le premier jour de juillet. Les semaines seront composées de sept jours. On les étale du dimanche au lundi ou du lundi au dimanche. Selon que l’on fasse commencer la semaine dimanche ou lundi. On sait bien comment sera juillet : pluvieux ou ensoleillé. C’est un mois d’été. Un mois bien connu. On a traversé des mois de juillet depuis des années et des années. Depuis des siècles et même des millénaires. Les derniers jours de juin donnent le la. Les pronostics pour juillet sont ouverts. Août est pour plus tard. On pique-niquera en août sur un bout de rocher. Il y aura des bourrasques de vent. Des discussions sous les étoiles. Des sourires. Des jours de pluie. Quelques-uns, pour le vague à l’âme. On s’y tiendra chaud. Le soleil fera son apparition sur la majeure partie du pays. Août est grand de promesses.
Septembre entamera l’automne. Les feuilles tomberont des arbres. En tournoyant. L’un après l’autre les varans de Komodo revêtiront leur pelage d’hiver. Décembre amènera le Père Noël. La suite est un bonhomme de neige.

Par Hervé Eléouet
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Lundi 25 juin 2007
La pluie tombe. Le temps passe. Les varans de Komodo lézardent. Les bons plats sont p’tits. Le bonhomme du chemin suit son bonhomme de chemin. Les cordonniers ressemellent et les vitriers installent des vitres aux fenêtres. Ils font tomber la pluie sur les carreaux. Puis ils rentrent chez eux. On reste dans la soupente. On griffonne. On rêve. On perd son temps. On entend la pluie. On regarde l’eau.
Il est presque impossible de déclarer la guerre un jour de pluie dans un grenier. A la place on écrit des poèmes. C’est pourquoi les dictateurs et les rois vivent dans des palais. Particulièrement dans la salle du trône ou dans un Q.G. ultrasecret. Par peur de la poésie. Le bouton rouge de l’apocalypse nucléaire ne se trouve jamais dans une chambre de bonne sous les combles. On risquerait de ne pas s’en servir. Cela réduirait à néant la force de dissuasion.
Néanderthal et Cro-Magnon s’asseyaient au bord de la caverne. Un rideau de pluie masquait la forêt. Il en montait l’odeur des fougères et le crépitement de l’eau. Une fumée piquante s’échappait au-dessus d’eux par l’ouverture de la grotte. Des brochettes de mammouth rissolaient au foyer. Plus tard, les vitriers firent leur apparition. Peu de temps après que l’on sût fabriquer du verre. L’inventeur du premier étage, puis du deuxième étage permirent d’édifier des bâtiments de deux étages. L’inventeur du troisième étage ne mérite pas vraiment le nom d’inventeur : il n’a fait que reproduire les travaux de ses prédécesseurs en les hissant de quelques mètres. Ainsi de suite jusqu’au gratte-ciel. Mais la généralisation des soupentes date du deuxième étage. C’est ce que disent les historiens. A peu de choses près, la soupente et la chambre de bonne coïncident avec la disparition des mammouths. Les brochettes ne rissolent plus dans les greniers. C’est le prix de l’évolution.
Par Hervé Eléouet
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Mercredi 20 juin 2007
Les bacheliers du Moyen-Âge étaient d’apprentis chevaliers. Ils couraient les bois. Grimpaient dans les donjons. Apportaient du café à Du Guesclin ou à Jeanne d’Arc. S’exerçaient au maniement de l’espadon. Apprenaient l’équitation. Disaient « messire » et « beau sire Dieu ». Au terme de leur formation on leur donnait un dragon à terrasser. L’épreuve durait 4h. Les élèves qui terrassaient le dragon devenaient chevaliers. On leur demandait de bien vouloir monter dans un bac. Ce bac traversait la rivière. Ils recevaient leur diplôme en accostant.
Tout a changé. Le terrassement du dragon – si pittoresque autrefois – n’est plus au programme. On étudie pendant l’année les mathématiques et l’histoire-géographie. La comptabilité. La philosophie. L’économie. L’anglais. L’espagnol. Etc. Il ne faut pas répondre en anglais à une question posée en espagnol. On n’a pas le droit de donner dans son devoir de mathématiques les matières premières du Japon en 1965. Il est interdit d’établir la limite de f(x) quand x tend vers 2 si l’on vous demande la différence entre le juste et le beau. Les règles sont très strictes.
Observons deux chênes. Le premier passe avec succès le baccalauréat dans la série littéraire. Il agite ses branches. On peut s’asseoir à son pied pour trouver l’inspiration. Le second n’a pas obtenu le bac scientifique. On peut également s’asseoir à son pied pour trouver l’inspiration. Dieu seul sait si on la trouvera. Observons deux réfrigérateurs. Le premier s’est bien débrouillé à l’oral ; cela n’a pas suffit. L’autre clignote de bonheur en ouvrant et refermant sa porte. Mention très bien. Observons encore quelques varans. Des pic-verts. Dix-huit mille sept cent quatre-vingt-trois gouttes de pluie. Six bâtiments gris. Un jardin public. Les goélands. Le pont de Recouvrance. Que déduisons-nous de tant d’observations ? Nous déduisons de tant d’observations que cela fut une belle promenade. Quant au baccalauréat, zut.
Par Hervé Eléouet
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Lundi 11 juin 2007
Rouget de Montélimar mangeait du nougat. Rouget de Plobannalec jouait du biniou. Rouget de Komodo composa La Varancelle. Rouget du Sénégal est un poisson. «L’important, disait Rouget de Coubertin, c’est de participer.» Rouget du bord de mer murmurait sur un rocher de pauvres alexandrins. Rouget de Nerval fut Prince d’Aquitaine (on eut le mauvais goût d’abolir sa Tour). Rouget de Siam vécut à Brest. Rouget de Lisle écrivit La Marseillaise à Strasbourg.
Il est fortement question de remplacer La Marseillaise par Au clair de la lune. Les soldats s’efforceront de prononcer «Prête-moi ta plume» sur le ton d’un ultimatum. La survie de la nation dépend de cette plume. Les footballeurs chanteront l’hymne national sur les pelouses du monde. Les supporters dans les travées. Les politiciens dans les meetings. Les champions olympiques sur les podiums olympiques. Les patriotes non plus la main sur le cœur mais la tête dans les étoiles.
Au clair de la lune est une sage et belle comptine. On renonce à déranger Pierrot parce qu’il a sommeil (il est dans son lit). La voisine ouvre sa porte. L’aimable Lubin lui plaît beaucoup. La suite est mystérieuse. Ils mangent du gâteau au chocolat. Ou bien ils discutent philosophie. Peut-être les deux. Ils écrivent au président de la république (on se souvient que Lubin voulait écrire un mot). Ils jouent aux échecs. Ils se disputent. Ils regardent la télévision. Ils se disputent pour le choix du programme. Ils déclament du Gérard de Nerval. Ils comptent leurs sous. Ils méditent un assassinat. Ils se regardent en chiens de faïence. Ils s’embrassent. Ils aiguisent un couteau. Ils se rongent les ongles. On voit que la France a tout à gagner en adoptant un hymne si plein d’incertitudes. Chacun s’y retrouve. Chacun subodore différemment la fin. D’ailleurs c’est le début. On sent bien que tout commence pour la voisine et pour Lubin. Pierrot, qu’on a laissé tranquille parce qu’il avait sommeil, dort du sommeil des Pierrots.
Par Hervé Eléouet
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Lundi 4 juin 2007
C’est la saison de voir deux amoureux qui se tiennent par la main. Les oiseaux chantent et les varans de Komodo sautillent dans les sous-bois. Le printemps s’étend de mars à juin en laissant les doigts de pied dépasser du lit. Un vent léger les caresse doucement. Quelquefois, le printemps coince une pâquerette entre le gros orteil et le premier des autres doigts de pied. Il rêvasonne en fredonnant ou fredansonne en rêvotant. Les pic-verts sont en fleur, les bégonias bégoniasent, le contour des choses est guilleret, de telle sorte qu’il semble que des bourgeons sont sur le point de jaillir n’importe où. Les petites touffes d’herbe verte poussent par les crevasses des trottoirs. Dame Nature s’occupe de mûrir les fraises. Tout resplendit.
L’inventeur du printemps, c’est le bon Dieu. On a le cœur empli de gratitude, il faut bien remercier quelqu’un. Ça serait incongru de remercier le président de la république. Ou même l’épicier du coin. Ou la coiffeuse. Ou les petits enfants. Ou le vieux monsieur au chapeau. Un chauffeur de bus ne peut pas avoir inventé le printemps. Pas davantage les cadres supérieurs. Non plus que les cosmonautes, les dresseurs de chien ou les patineurs artistiques. Un jardinier ? Impossible. Donc Dieu existe. C’est un petit nuage blanc qui nous survole et puis s’en va.
Le crépuscule au printemps commence en fin d’après-midi et s’achève à la nuit tombée. On s’assied sur une chaise ou on marche dans la rue. C’est le moment de faire le point sur l’existence. Si on avait bâti des empires, on songerait aux empires qu’on a bâti (et on y réfléchirait à deux fois avant de recommencer). Presque tout le temps, on rentre chez soi ou l’on va chez des amis. Les nuits du printemps sont pleines d’étoiles. Il y a Sirius et la Grande Ourse et l’étoile du Berger. C’est joli comme une bouteille de vin blanc dans un plat de langoustines.
Par Hervé Eléouet
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