En chaque être humain sommeille un grenier. C’est le domaine des toiles d’araignées. Des petits bruits dans un bric-à-brac. De
vieilles revues. Par piles. Ficelées. D’un fauteuil trop mou qui perd sa bourre. Dans quoi l’on s’enfonce. De quoi l’on se relève péniblement après des heures passées à contempler les grains de
poussière du rayon de lumière que déverse la lucarne. Un hibou nous dévisage. Tout n’est que malles, lampes anciennes, abats-jours inclinés, ressorts, étagères ployées, livres, caisses de
ferraille, jouets déglingués. On respire l’odeur un peu sèche du grenier quand il fait beau dehors. En dessous. Loin. Le monde brouhahatise. Les varans de Komodo dansent parmi les vieux
cahiers.
On s’assied sur un banc public. Pour fumer. Pour s’asseoir. Ou bien dans l’herbe. Ou de biais sur le rebord de la fenêtre, en pliant un genou et en laissant
pendre l’autre jambe. C’est l’intérêt des rebords de fenêtres. Ils ouvrent les greniers. A force de s’asseoir et de s’allonger on entend des hiboux dans une soupente. C’est la morale des
choses.
Il est très important de s’allonger dans un cimetière. Un jour ou l’autre. On y surprend la vie : la vie est une vieille dame1. Elle est en
majeure partie constituée de choses et d’autres. Elle se prolonge en hiver dans les bois. En été sur un chantier. Dans un bar. Le soir d’une élection présidentielle. Ou dans une école maternelle.
Tout s’énumère. Tout est une histoire de poésie. Les sabliers ont de beaux jours devant eux.
1 Le combat ordinaire, t4, Planter des clous par Manu Larcenet, aux éditions Dargaud.