Rien n’est judicieux comme d’écouter un calligraphe. On apprend mille secrets. Ecouter les calligraphes et regarder les
pianistes sont les choses du monde les plus instructives. On peut aussi attendre un horloger. Mais il faut que la situation s’y prête. Un calligraphe en conférence est d’un abord plus aisé : il
suffit de se rendre à la conférence du calligraphe. On s’installe dans le fond de la salle. Debout. Toute l’histoire de l’écriture défile sur un diaporama. A partir des hiéroglyphes. Parce que je
suis arrivé en retard. Je ne saurai jamais rien de l’écriture pré-hiéroglyphique. J’ignore si Cro-Magnon griffonnait sur les murs des cavernes des petits mots pour ses contemporains. Le règlement
du syndic de la grotte par exemple. Cela tient à une diapositive. On voit toute l’importance du commencement du diaporama dans l’histoire de l’humanité.
Tout n’est qu’esperluette et titulus, demi r et panse du o. C’est le vocabulaire du vocabulaire qu’on dessine. Qu’on imprime. Les fautes d’orthographes des
calligraphes doivent être des pâtés. L’histoire de la calligraphie est parsemée de fameux calligraphes. Ils portent un nom célèbre. On les admire. Ils ont vécu d’esperluettes parmi des o
pansus.
Laforgue nous l’explique :
« Et machinalement sur la vitre ternie
Je fais du bout du doigt de la calligraphie »
Le bout du doigt de l’homme n’a pas d’autre fonction. Il trace des hiéroglyphes les dimanches et les jours fériés aux vitres des fenêtres. C’est l’aboutissement des esperluettes antiques. Il a
fallu des armistices et des pentecôtes, des dimanches pluvieux et des varans de Komodo pour tracer aux vitres des jours fériés les hiéroglyphes du bout du doigt. Rien n’est étrange comme
l’absence de fenêtres embuées dans une exposition consacrée à la calligraphie.