La rumeur dit vrai : je pars en voyage. Au bout du monde. Sur un paquebot. Battant pavillon guatémaltèque. Le capitaine parle
couramment l’hindou. Il a le cœur brisé. Nous naviguons parmi les icebergs ou dans les tropiques. Trois passagers se promènent sur le pont. Une jeune femme silencieuse, un espion international,
et un docteur barbu qui boit du whiskey à longueur de journée. Il voit des scinques (Tiliqua scincoides intermedia) et des varans de Komodo courir sur les planchers. Les membres de
l’équipage composent l’équipage. On se lie d’amitié. On a le visage fouetté par les embruns. On regarde le soleil qui se lève et le soleil qui se couche. Le soir, le docteur nous raconte sa vie.
Puis chacun évoque les raisons de sa présence sur ce bateau. Il y aurait là matière à un roman. Il est tout de même étrange que le hasard ait ici réuni tant de destins singuliers.
L’autre hypothèse est que je rende visite à ma sœur, près de Lille. En train. Elle me tirait les cheveux quand j’étais petit. Maintenant, elle a trois
enfants. Je ne vois pas de lien de cause à effet. La psychanalyse est une supercherie.
En attendant de s’en aller nous sommes dimanche, et par la fenêtre on entend des chants d’oiseaux, on aperçoit le lampadaire du parking et le toit d’une
automobile. Le ciel est gris mélangé avec du bleu, un tout petit peu de bleu ; l’ensemble donne un nuage uniforme, troublé ici ou là de coton pâle.