Le tour de la France à bicyclette attaque les Pyrénées. Les Pyrénées se défendent par des cols de légende. On y croise des
milliers de spectateurs. J’ai souvent franchi le Tourmalet. Seul en tête. Enfant. Dans la côte qui mène à Coatanscour. Plusieurs fois par jour. L’été. En buvant du chocolat et en mangeant des
tartines.
Le vélo vient de la bicyclette, voire de la draisienne et du célérifère. On peut affirmer que Cro-Magnon ignorait la bicyclette, mais que la bicyclette était
en germe aux époques lointaines où Cro-Magnon chassait le mammouth et récurait les dents de sabre des tigres qu’il avait attrapé. Pour s’en faire des colliers. Il y gravait des dessins et des
signes mystérieux. Les archéologues ont ainsi retrouvé des encouragements à Bernard Hinault inscrits sur des dents de tigres préhistoriques. On ne peut pas douter que le vélo fut dans toutes les
têtes. Le Tourmalet s’était déjà donné la peine de surgir au terme d’un plissement hercynien de longue haleine.
« Pédale, mon gars » disait Confucius. Il disait cela cinq cents ans avant Jésus-Christ. A ses disciples. Avant même que le premier vélo n’existât. Ce qui
prouve bien l’esprit d’avant-garde et d’à propos du grand philosophe. On peut dire sans hésitation que Confucius aurait écrit volontiers dans L’Equipe. « Le grand bonheur de pédaler
consiste à pédaler », ajoutait-il plein de bonne humeur. On voit le bout de la route quand on rentre chez soi. La côte de Coatanscour est loin derrière. On l’a franchi seul en tête. A Komodo, les
varans applaudissent.
Par Hervé Eléouet
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